L'histoire de la copie à la cathédrale de Reims

 

De la tentation du remplacement systématique aux interrogations des années 1950

 

Dès les premières interventions, au début du XVIe siècle, les maîtres d'œuvre manifestent explicitement leur intention de restituer selon la "même ordonnance qu'auparavant".

 

Mais la main des artistes suit peu cette volonté, notamment au XVIIIe siècle. Les sculptures sont produites dans un style baroque, encore d'actualité en province, et les réalisations se montrent parfois maladroites.



 

 

Détail d'un Ange de l'Apocalypse
sous un des clochetons du portail sud de la façade

© DRAC Champagne-Ardenne

 

Le XIXe siècle : du néo-gothique aux "copies à l'identique"

 

Les premières campagnes d'ampleur du XIXe siècle aboutissent, pendant le second quart du siècle, au remplacement de nombreuses sculptures aux portails nord et central de la façade.
Jean-Baptiste Plantar (1790-1879), désigné comme "sculpteur d'ornements gothiques", s'exprime dans un style, certes gothique (néo-gothique), mais très personnel, qui n'a que peu de rapport avec les styles rémois.

 

Au cours du XIXe siècle, si la restauration apprend à se montrer respectueuse de l'architecture, elle se heurte au difficile problème de la sculpture. Les formes produites en "copie à l'identique", à partir du milieu du siècle, malgré d'indéniables réussites, font souvent preuve d'une grande sécheresse, témoin du souci du respect précis de la forme au détriment de la transmission du "souffle", de l'esprit, de l'œuvre originale.

Le roi David, entre les gâbles du portail nord et du portail central

de la façade, restauré en 1755-1760. Cliché Rothier, vers 1910

© Bibliothèque municipale de Reims, 13-068

 

 

Par ailleurs, la tentation de la restitution interprétative reste toujours forte, attitude qui heurtera les sensibilités et sera durement critiquée, par exemple par Auguste Rodin en 1914 dans son ouvrage Les cathédrales de France.

 

 

La Crucifixion. Détail du gâble du portail nord de la façade en 1857.

Détail d'un cliché Bisson

© BnF, Eo 14a, Ft6, b2, n° 52-54

 

 

 

 

Les interrogations des années 1950

 

Le retour à la paix, après la Seconde Guerre mondiale, ramène la difficile question des partis à privilégier pour la restauration de la statuaire : faut-il déposer ? remplacer ? a-t-on le droit de compléter ?


La Commission supérieure des Monuments historiques apporte alors une réponse conditionnelle : aucune interprétation n'est envisageable pour les œuvres les plus célèbres et de grande qualité, mais une certaine liberté doit pouvoir être laissée à l'artiste pour la copie des sculptures moins en vue, notamment lorsqu'elles sont réduites à l'état de moignons, ou disparues et mal documentées.

 

Roi de la galerie de la tour sud de la façade, réalisé par A. Coutin en 1901-1902

© DRAC Champagne-Ardenne

 

 

Décision de principe qui sera rapidement mise en pratique par Bernard Vitry (1951-1982). La scène du Couronnement de la Vierge (gâble du portail central) est copiée avec le plus grand souci de fidélité, mais le coup d'outil est voulu moderne (sculpteur : Saupique, 1955). Des commandes de création sont passées à des sculpteurs de renom pour la production, en 1951, de rois de la galerie de la tour nord de la façade (ceux de gauche).

 

L'ambiguïté de cette attitude amène un revirement des mentalités dès les années 1950, sous la pression d'historiens de l'art, et avec l'expérience de la difficulté à intégrer certaines expressions contemporaines dans les ensembles anciens.

Rois de la galerie de la tour nord de la façade réalisés

par les sculpteurs Belmondo, Martin, Sartorio et Yencesse

© DRAC Champagne-Ardenne

 

Aussi, dès 1953, les modèles fournis par le sculpteur Leygue pour des statues de la façade sont-ils longuement critiqués. En 1956, les personnages de la galerie dite du Gloria (Baptême de Clovis) sont restitués à l'identique, de même que la figure de la Synagogue au bras sud du transept, deux ans plus tard.

 

Ces expériences de créations contemporaines engagées après la Seconde Guerre mondiale, parfois peu concluantes, aboutissent, en réaction, à une certaine défiance vis-à-vis des sculpteurs, jugés trop "artistes". Ceci d'autant plus que le moulage en pierre reconstituée (du ciment-pierre) commence à offrir une alternance crédible, techniquement contrôlée.

 

Aaron et Abraham. Moulages en pierre reconstituée de

statues-colonnes du portail sud de la façade.

Production des ateliers J.-L. Bouvier (1997)

© DRAC Champagne-Ardenne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ange des voussures du portail central, restauré en 1737-1740

© DRAC Champagne-Ardenne

 

La période actuelle et l'apparition de nouvelles techniques

 

La période actuelle vit une situation de relatif statu quo entre les sculpteurs et les mouleurs. A chaque nouvelle restauration, les sculptures à déposer sont mises à l'abri. Celles qui nécessitent le moins de compléments sont généralement remplacées par des moulages et les autres sont reproduites en sculpture. Le renouvellement du décor (chapiteaux, bandeaux feuillages) reste le plus souvent du domaine du sculpteur. De nouvelles techniques commencent à être appliquées à ces métiers traditionnels, comme la copie à partir d'un modèle numérique en trois dimensions (exemples récents de la Reine de Saba et de l'Homme à tête d'Ulysse).