Histoire des restaurations

 

 

Du XVIe au début du XXe siècle : des restaurations ponctuelles


Du XVIe siècle, époque des premières mentions dans les archives, jusqu'au début du XXe siècle, les vitraux de la cathédrale de Reims ont fait l'objet de restaurations ponctuelles.

Elles étaient parfois d'envergure, dans la mesure où plusieurs panneaux d'une même baie pouvaient être totalement recréés, comme c'est le cas pour celui de l'évêque VIVENTIVS (saint Vivent), dans la 10e baie méridionale de la nef (baie 122), refait au XVIe siècle.

Elles pouvaient également consister en des reprises rendues nécessaires après un sinistre, comme la tempête de grêle qui, en 1886, a fortement endommagé les vitraux de la façade occidentale.

Quant à la rose du bras sud du transept, totalement détruite en 1580 par un ouragan, elle a été recomposée l'année suivante par le peintre verrier Nicolas Derodé. Cette œuvre, anéantie à son tour en 1917, a été remplacée en 1937 par une création de Jacques Simon.

 

En ce qui concerne les baies hautes, des descriptions du XIXe siècle font état de l'interversion de certains panneaux, en particulier au niveau de l'abside. Cela s'explique par le fait que, jusqu'au XVIIIe siècle, les parties inférieures des vitraux étaient démontées lors des sacres royaux afin de les transformer en tribunes. Après la cérémonie, ces panneaux étaient parfois reposés sans ordre.

On sait aussi, grâce à d'autres mentions du XIXe siècle, que lors du sacre de Charles X, en 1825, les grisailles des parties hautes du transept et de l'entrée de la nef avaient été enduites de peintures à l'huile pour former des motifs géométriques colorés et atténuer ainsi la lumière qu'elles dispensaient.

 

1914 : la guerre interrompt une campagne de restauration


Au début du XXe siècle, plusieurs documents témoignent de l'aspect parfois déplorable des verrières dont des verres se descellaient de la résille de plomb et tombaient sur le sol.

On décide alors d'en déposer certaines présentant un état critique.
Ces travaux sont entrepris en 1912, mais, en 1914, le début des hostilités va marquer l'arrêt de cette campagne de restauration. Le 19 septembre 1914, les verrières de la façade occidentale sont fortement perturbées par l'incendie de l'échafaudage de la tour nord.

 

Pourtant, en 1917, alors que des obus transpercent les voûtes, les vitraux étaient toujours en place. On avait bien pensé les démonter, sans pour autant que ce projet soit mis à exécution, les rémois espérant toujours la fin rapide de la guerre. À la suite de l'attaque particulièrement virulente du printemps 1917, de nombreuses baies sont irrémédiablement touchées.

 

Le crime de Reims. Revers du massif occidental de la

cathédrale de Reims après les bombardements de 1917
Carte postale ancienne. Collection particulière

 

1919/1938 : réparer les dégats de la Première Guerre mondiale


Henri Deneux, alors architecte des Monuments historiques, a la charge de la restauration de la cathédrale à partir de 1919. Il accorde une grande attention aux vitraux en les photographiant systématiquement avant et après restauration. Grâce à ces précieux documents, on peut se rendre compte de l'ampleur du mal, certaines baies étant réduites à leur résille de plomb, d'autres étant en revanche restées presque intactes.


Ainsi, dans le chœur, la baie 107, en cours de restauration en 1914, était bien préservée, ce qui n'était pas le cas de la baie 105 fortement mutilée, et de la baie 109 entièrement détruite.
Pour Henri Deneux "la restauration reste très possible grâce à la documentation du peintre-verrier", c'est-à-dire les frottis, ou relevés, exécutés avant guerre par Paul Simon et auparavant par son père, Pierre.
Les autres baies du chœur sont restaurées en remployant un maximum de verres d'origine, toujours avec l'aide des documents de l'atelier Simon.

 

Les verrières du transept étaient peu altérées ; il n'en était malheureusement pas de même pour les deux tiers des vitraux de la nef. Devant l'impossibilité de les restaurer, au vu du peu de pièces de verre réutilisables, ces fenêtres situées dans la zone occidentale ont été simplement ornées de motifs à losanges incolores.
Les baies 127 et 128, particulièrement lacunaires, ont toutefois pu être recomposées à partir de panneaux provenant de plusieurs verrières. Seuls les vitraux de l'extrémité orientale (baies 121 à 124), protégés par les bras de transept, sont demeurés presque intacts.

On comprend que les premiers travaux de restauration, entre 1923 et 1925, aient concerné les baies de la nef. A partir de 1925, les baies de l'abside sont remises en état, et ce, jusqu'en 1935.
En 1927, débute la réfection des vitraux de la galerie du revers de façade occidentale et de la rose disposée au dessus. Les vitraux figurés du bras sud du transept (baie 118), dans un état de conservation assez satisfaisant, sont restaurés vers 1930, ainsi que la rose du croisillon nord (baie 115).


En 1938, lorsque la totalité de l'église est rendue au culte, seules les ouvertures occidentales de la nef étaient dépourvues de vitraux. En 1939, les erreurs de la Première guerre mondiale ne sont heureusement pas réitérées, et les vitraux sont démontés pour être mis à l'abri. Toutes les baies sont reposées entre 1945 et 1947.