Les matériaux de la construction
l'aboutissement d'un art




Plus peut-être qu'une révolution technique, l'art gothique peut être considéré comme l'aboutissement de savoirs pragmatiques et notamment de connaissances particulièrement vives des caractéristiques techniques de l'ensemble des matériaux.

 

Des matériaux qui sont produits et mis en œuvre dans la cathédrale selon une logique et avec une intelligence d'ensemble que nous découvrons et redécouvrons jour après jour.

Si la pierre prédomine, bien entendu, la cathédrale n'existerait pas sans l'apport de nombreux autres matériaux, dont certains ont changé avec les siècles.

 

La pierre

 

La pierre de la cathédrale de Reims est quasi-exclusivement une pierre calcaire du Lutécien moyen, correspondant aux niveaux calcaires dits grossiers du bassin parisien. Elle est aujourd'hui appelée "pierre de Courville", du nom de la dernière carrière en exploitation dans ces niveaux géologiques locaux, une carrière aujourd'hui fermée, située à proximité de Fismes.

 

(1) Cliquer pour agrandir (2) Cliquer pour agrandir (3) Cliquer pour agrandir (4) Cliquer pour agrandir (5) Cliquer pour agrandir

 

La pierre de Courville est un calcaire dur, très riche en calcite et peu poreux (environ 12 %), qui acquiert, en vieillissant, une douce patine jaune, plus ou moins ocre. Elle "prend bien l'outil", mais présente l'inconvénient, avec l'âge, de se desquamer et de se peler.

La pierre d'origine provenait notamment des environs du village d'Hermonville, à une douzaine de kilomètres à l'ouest de Reims. Les bâtisseurs connaissaient les qualités propres à chaque bloc et à chaque site d'extraction. Les pierres les plus dures et poreuses étaient utilisées en soubassement, les plus irrégulières en parement, les plus fines pour la sculpture.

 

On s'est récemment aperçu que la pierre devait souvent être utilisée fraîche, à peine sortie de la carrière, alors qu'elle est plus tendre et plus facile à travailler. Ce qui de plus permet à la calcite pure en dilution, largement présente dans le "jus de carrière", de se déposer par évaporation sur la surface taillée, formant ainsi une couche protectrice superficielle plus dure : le calcin.

 

Aujourd'hui, l'approvisionnement en pierre proche de l'originelle commence à poser problème. Il est probable qu'il sera nécessaire, dans les années à venir, d'utiliser des pierres non locales et de caractéristiques différentes (couleur, dureté, porosité, etc.).

 

Les restaurateurs anciens, ont, semble-t-il, été confrontés aux mêmes difficultés d'approvisionnement. Depuis le milieu du XVIIIe siècle, ils ont en effet largement employé la pierre de Saint-Dizier ou de Savonnières, mais également, dès la fin du XIXe siècle, la pierre de Saint-Maximin, notamment pour les parties offertes au ruissellement (corniches par exemple) et diverses pierres de l'Aisne, utilisées en façade.

 

 

Le verre

 

La cathédrale est aussi largement faite de verre, avec les centaines de mètres carrés de vitraux. Ces vitraux, tous colorés, ont aujourd'hui disparu aux trois-quarts, du fait du vandalisme du siècle des "Lumières" (bris de l'ensemble des baies historiées des fenêtres basses) et des guerres.

 

 

Le bois

 

Dans le passé, la cathédrale laissait une large place au bois. Sa charpente ressemblait à une véritable forêt de poutres, poinçons, arbalétriers, entraits, pannes. Accidentellement détruite par le feu en 1481, elle est à nouveau incendiée lors des bombardements de la Première Guerre mondiale. Un désagrément qui ne risque plus de se renouveler, la charpente posée en remplacement par l'architecte Henri Deneux en 1925-1935, étant maintenant en béton.

 

 

(6) Cliquer pour agrandir (7) Cliquer pour agrandir

 

La peinture

 

Il est nécessaire de faire preuve d'imagination pour avoir une idée de la place faite initialement à la peinture. Les vestiges retrouvés à l'occasion des chantiers de restauration prouvent que les sculptures étaient peintes, avec des couleurs vives, faites pour frapper le regard, et accentuer le réalisme de chaque figure. Etonnamment, cette polychromie à Reims semble ne jamais avoir été renouvelée ou même entretenue. Elle s'est certainement effacée progressivement, à la différence d'autres monuments comparables, la cathédrale d'Amiens notamment.

 

 

Le fer

 

L'œuvre de pierre n'est pas posée telle quelle. Les blocs sont scellés au mortier, avec des joints parfois épais (jusqu'à 4 centimètres), qui doivent ménager une certaine souplesse à l'ensemble du bâti.

La recherche récente laisse entrevoir l'importance du fer dans la construction. Ceci notamment à partir du milieu du XIIIe siècle et le passage au style gothique rayonnant. Il est probable que sans le fer, omniprésent aux portails et aux gâbles de la façade, jamais les portails rémois n'auraient pu présenter une telle hardiesse formelle. Chaque bloc y tient l'un à l'autre par un réseau de pitons et d'agrafes de forte section, auquel s'ajoute un liaisonnement vers le gros-œuvre, non systématique mais logiquement réparti.

Chaque élément en fer à proximité de la surface est coulé, non au mortier, mais au plomb, plus protecteur, car plus couvrant. Un matériau qui est par ailleurs largement utilisé depuis l'origine pour les couvertures.

 

 

(8) Cliquer pour agrandir (9) Cliquer pour agrandir (10) Cliquer pour agrandir (11) Cliquer pour agrandir