Les premiers édifices

 


Les fouilles archéologiques menées entre 1993 et 1996

La période antique
Le groupe épiscopal du Ve siècle

Le groupe épiscopal carolingien

Les recherches archéologiques menées sur le site de la cathédrale ont été entreprises dans le cadre du contrat de ville de 1991, conclu entre le ministère de la Culture et la Ville de Reims.

Répartie sur quatre zones de recherche qui englobent une surface de près d'un hectare, l'opération de fouille, précédée de deux premiers sondages archéologiques rue Robert de Coucy, en 1992, s'est déroulée entre 1993 et 1996, avec :


- la fouille à ciel ouvert de la rue Robert de Coucy ;
- la crypte archéologique des années 1920, appelée cour nord par Henri Deneux, au nord de la nef ;
- les sous-sols de la cathédrale ;
- la salle basse du Palais du Tau.

 

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Parallèlement aux travaux de terrain, une étude des sources anciennes et de la documentation issue des fouilles menées par Henri Deneux entre 1919 et 1927 a été entreprise, afin de corréler ces informations avec les découvertes faites sur les différentes zones de fouille.
Cette méthode de travail permet ainsi de mieux comprendre l'évolution du secteur du groupe épiscopal de la période romaine jusqu'à la période actuelle.


La période antique

 

Les thermes

 

Les établissements balnéaires publics semblent bien avoir occupé le site à l'époque romaine.
Les fouilles ont mis au jour d'imposants murs, des installations de chauffage par le sol (hypocaustes) dans des pièces de grandes dimensions et des piscines telles qu'elles sont connues dans des monuments comparables des villes romaines.


Cet ensemble monumental a été reconstruit au moins une fois, d'après les observations faites sur le terrain et conformément aux indications fournies par une inscription antique découverte au XVe siècle qui mentionne la reconstruction des thermes grâce aux largesses de l'empereur Constantin le Grand, au début du IVe siècle.

 

Le baptistère présumé de l'église primitive

 

Un bâtiment comprenant une salle circulaire, inscrite dans un plan carré, a été interprété par Henri Deneux comme pouvant être le baptistère de l'église primitive du Ve siècle.
Les travaux de fouille menés dans ce secteur, rue Robert de Coucy, ont permis de compléter la chronologie entre les niveaux romains et ceux du Moyen Âge. Il a ainsi pu être démontré que ce bâtiment appartient à une phase de construction des thermes, antérieure aux remaniements du IVe siècle.

 

 

Le groupe épiscopal du Ve siècle

 

L'église primitive

 

Selon Flodoard, l'évêque Nicaise aurait construit, avant 407, son église sur le site de la cathédrale actuelle : "basilicam in honore perpetue virginis Dei geniricis Marie ... traditur... fundasse". Le vocable que l'historien prête au sanctuaire n'a, en réalité, pu apparaître qu'après le concile d'Ephèse de 431.

L'architecte Henri Deneux entreprend des fouilles à l'occasion des travaux de restauration, entre 1919 et 1932. La campagne archéologique menée, à partir de 1993, par Robert Neiss et Walter Berry a permis une relecture des vestiges conservés sur place ou dans la "crypte archéologique", réalisée par Henri Deneux, le long de la rue Robert de Coucy.

La vérification des données stratigraphiques et l'étude des archives modifient très sensiblement les hypothèses naguère retenues. Le plan qui s'esquisse est plus lacunaire que celui proposé par Henri Deneux :

- l'édifice primitif semble bien occuper la partie orientale de la nef actuelle ;
- la façade occidentale peut être localisée à l'ouest de l'ancien jubé, dans la 6e travée de la nef, sous la fondation orientale de l'avant-nef carolingienne ;
- du côté du chevet, qui se trouvait sensiblement sous la croisée du transept actuelle, plusieurs phases de travaux ont fait évoluer l'extrémité orientale de l'édifice ;
- un mur nord-sud, découvert en 1996, en avant de l'abside trouvée par Henri Deneux, pourrait appartenir à un chevet plat de l'église du IVe siècle.

Si cette première église s'inscrivait bien dans l'axe de la cathédrale du XIIIe siècle, elle pourrait avoir une largeur de 23 mètres et une longueur de 25 à 38 mètres, compte tenu des incertitudes sur la limite orientale.
Il n'est toutefois pas exclu que la position de l'église du Ve siècle puisse être décalée vers le nord ou vers le sud, dans des secteurs où Henri Deneux a signalé l'existence de sols dont les niveaux peuvent correspondre à ceux de l'église la plus ancienne. Ces observations n'ont pas pu être vérifiées au cours des fouilles de 1993 à 1996.

 

Le baptistère de Clovis

- Les premières mentions du baptistère

L'édifice baptismal paraît sûrement attesté sous l'épiscopat de saint Remi, lors du baptême de Clovis (avant 507). Grégoire de Tours, en relatant environ 70 ans plus tard l'événement, est le premier à mentionner explicitement le baptistirium ou templum baptisterii dans lequel se déroule la cérémonie. Il n'est cependant pas précis sur la localisation de l'édifice.

Le voisinage du baptistère avec la cathédrale paraît assuré par le texte du diplôme de Louis le Pieux favorisant la reconstruction de la cathédrale par Ebbon, église "dans laquelle ... notre homonyme de roi de ce peuple (des Francs) a été lavé par le baptème de la fontaine sacrée".
Si le baptême de Clovis est ainsi situé dans l'ecclesia sancte Mariae, c'est parce qu'au IXe siècle la reconstruction prévue de la cathédrale sur un plan plus vaste faisait disparaître le baptistère sous le nouvel édifice.

Lors des fouilles, réalisées entre 1919 et 1932, Henri Deneux crut avoir trouvé au nord de la cathédrale du XIIIe siècle, les vestiges des premières installations baptismales. Les fouilles, reprises en 1993, ont permis d'établir que les vestiges appartenaient aux thermes gallo-romains. Elles ont aussi permis de retrouver les vraies installations baptismales au milieu des substructions du massif occidental de l'église carolingienne, immédiatement à l'ouest de l'église primitive avec laquelle elle partageait son mur oriental. C'est sur cette proximité que repose essentiellement la localisation de l'église du Ve siècle.

 

- Description du baptistère découvert lors des fouilles de 1993-1996

Le baptistère est constitué d'une salle de 10 mètres dans le sens est-ouest.
Les murs latéraux, nord et sud, ont été détruits par les fondations massives de la cathédrale du XIIIe siècle. Etablie sur une partie de l'édifice thermal, partiellement arasé, cette salle paraît accolée à la façade occidentale de l'ecclesia. Munie d'un sol en terrazzo, elle contient les vestiges de plusieurs cuves et d'installations hydrauliques successives, correspondant à quatre phases d'utilisation entre le Ve et le début du IXe siècle.


Le premier bassin est datable de la fin du IVe siècle ou du début du Ve siècle, en partie grâce aux monnaies de Valens et de Gratien retrouvées dans la couche qu'il recouvre. Cette datation est en adéquation avec celle donnée par Flodoard pour la construction de l'église par Nicaise.

A cette première phase correspond une piscine presque carrée (2,70m x 3 m) dont le fond, fait d'un mortier en tuileau, est à 0,25 m en contrebas du sol de la salle.

Des parois latérales, il reste les fondations, suffisamment larges (0,60 m) pour former l'assise d'une margelle assez haute mais également d'un baldaquin.
Une deuxième fondation de 0,30 m, qui double la précédente du côté extérieur, pouvait servir d'assise à une marche périphérique.
Au centre de chacun des côtés était conservée la trace d'un emmarchement empiétant sur l'espace intérieur. Ces marches permettaient de descendre dans la piscine. A l'ouest, une autre salle, de taille indéterminée, a été munie d'un chauffage par hypocauste à une date inconnue.

 

Trois autres phases succèdent à celle de la grande piscine sans qu'une datation absolue ne puisse leur être attribuée. Ces vestiges avaient en effet été fouillés avant 1932 et les contextes stratigraphiques sont perdus.

La deuxième phase est celle d'une importante restructuration : après arasement et comblement de la piscine primitive, une cuve en maçonnerie, réduite (1,10 m de côté) est construite dans l'angle nord-ouest de la précédente. Un système d'alimentation en eau est attesté par l'empreinte de deux conduites en plomb et l'évacuation, assurée par un canal en pierres.

Au cours d'une troisième phase, un nouveau système hydraulique alimente une troisième cuve, installée au même emplacement que la précédente mais à un niveau plus élevé. Il n'en reste toutefois que des traces.
La dernière phase n'est représentée que par les vestiges d'un sol établi à 0,50 m au-dessus du précédent : une canalisation en pierre, en partie conservée, était probablement associée à une quatrième cuve dont il ne reste rien.

La découverte de nombreuses tesselles, portant encore des traces de feuille d'or et celle de fragments de marbre blanc suggèrent que le baptistère était orné de mosaïques et de revêtements en marbre.
Ainsi, le baptistère est mieux documenté par l'archéologie que l'église elle-même dont les vestiges sont plus lacunaires et souvent difficiles à interpréter.

La domus ecclesiae

 

L'ancienne résidence épiscopale est mentionnée par Grégoire de Tours et semble, d'après le texte, proche de l'ecclesia.

Les structures, découvertes en 1996 au 2 place du Cardinal Luçon, au niveau du bras méridional du transept de la cathédrale gothique et sous le Palais du Tau qui le prolonge, pourraient appartenir, en partie, à cet ancien palais épiscopal.

Elles auraient succédé aux installations plus anciennes, reconnues sur place. Mais le caractère lacunaire des découvertes ne permet ni de confirmer la chronologie de ces constructions, ni de restituer une ébauche d'un plan du bâtiment. L'emplacement paraît toutefois confirmé par les constructions postérieures qui ont pérennisé le palais épiscopal à cet endroit.

 

 

Le groupe épiscopal carolingien

 

L'église carolingienne possédait une grande abside, ainsi qu'un transept dont le bras sud est conservé en partie. La fondation d'un pilier du bras nord du transept, ainsi que des fragments du mur de chaînage des piles de la nef, ont été retrouvés par Henri Deneux.

A l'ouest, les larges fondations du massif occidental apparenté au type "Corvey", semblent bien dater de l'époque carolingienne. Le pavage du chœur, toujours en place, serait de la même époque et daterait la campagne de décoration intérieure du temps de Hincmar. Sur ce pavage s'appuient des fondations pouvant appartenir à un chancel.
D'autres structures sont présentes au nord et au sud. Celles du nord, dans la salle basse du Palais du Tau, appartiennent probablement au palais archiépiscopal carolingien.