Le quartier canonial
histoire et organisation (VIIIe-XIXe siècles)

 

 

La cathédrale, aujourd'hui quelque peu isolée au sein d'un urbanisme qui lui est étranger, constituait, autrefois, le point central d'un quartier voué à la pratique cultuelle et qui formait comme une véritable ville au milieu de la cité rémoise.

 

 

Le chapitre de Reims : des origines aux écoles du XIIe siècle

 

L'évêque était anciennement entouré d'un groupe de clercs chargés de l'assister dans la gestion de son diocèse.

Les chanoines, assemblés au sein d'un collège spécifique appelé chapitre, vivent "dans le siècle" tout en suivant une règle de vie commune, celle de saint Augustin, réformée en 816 par le concile d'Aix-la-Chapelle. A la différence des moines, ils peuvent posséder des biens propres, mais doivent vivre à l'intérieur d'une clôture et assurer la permanence des différents offices religieux.

 

Fondé, selon la tradition, par saint Rigobert (VIIIe siècle), c'est le chapitre de Reims qui, au Moyen Âge, élit l'archevêque. A sa tête, le prévôt administre les biens temporels.

Plusieurs personnages importants le secondent dans ses tâches, notamment un doyen, pour le spirituel ; un chantre, qui organise les cérémonies ; un trésorier, en charge des ornements et des reliquaires ; ou encore un écolâtre pour diriger les écoles capitulaires qui font, depuis le IXe siècle, la renommée de Reims. Ainsi, le célèbre Gerbert d'Aurillac est écolâtre de Reims avant d'être élu archevêque de la ville, puis pape, de 999 à 1003, sous le nom de Sylvestre II.

Construction de la tour de Babel.

Détail de la Bible de Jean Jennart donnée au chapitre

(début du XIVe siècle)

© Bibliothèque municipale de Reims, Ms 40

 

Une ville dans la ville

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du quartier canonial

à différentes époques

Façade de l'Hôtel-Dieu donnant sur le parvis.

Détail d'un relevé anonyme (vers 1825)

© Bibliothèque municipale de Reims, 19-073

 

 

Au XIIIe siècle, les 74 chanoines vivent dans un espace adapté, le quartier canonial, situé le long du flanc nord de la cathédrale. Ils y exercent la justice sur le personnel qui leur est attaché, composé des francs-sergents et de divers serviteurs et officiers secondaires.

 

Le cloître, autour duquel se répartissent les logements individuels des chanoines, s'organise autour de deux espaces principaux, le préau et la cour du chapitre.

A l'emplacement de l'actuel Palais de Justice, se trouve l'Hôtel-Dieu, établissement charitable placé sous l'autorité du chapitre pour accueillir les pauvres, les malades, mais également les pèlerins ou les étrangers.

Les sources historiques renseignent sur les nombreux équipements (four, forge, grange, cellier, écuries, pressoir ou prisons) qui animent la vie du quartier. Une foule de commerçants et d'artisans y vivent et y travaillent : apothicaires, barbiers, boulangers, merciers, drapiers, forgerons, orfèvres, hôtelliers, aubergistes et taverniers.

Les bâtiments du cloître sont progressivement détruits à la Révolution. L'Hôtel-Dieu est transporté au bourg Saint-Remi en 1827.

La seconde moitié du XIXe siècle dégage largement l'espace du parvis, tandis que la Première Guerre mondiale continue d'effacer le souvenir de l'animation passée du quartier.

La Porte du chapitre (rue Carnot) et la maison du trésorier (actuel Office de Tourisme) constituent les derniers vestiges de l'enceinte canoniale.

Le somptueux frontispice de l'église Notre Dame de Reims

Détail d'une gravure de Nicolas de Son (1625).

Animation du parvis au début du XVIIe siècle :

échoppes, vendeurs de boisson, calèches, badauds et mendiants

© Bibliothèque municipale de Reims, 9-321