La statue de la Reine de Saba :
restauration et copie

 

La réalisation d'une copie de la statue de la Reine de Saba et la restauration de l'original s'inscrivent dans le cadre du programme global de restauration du portail nord de la façade occidentale, mené, depuis 2007, par la Direction régionale des affaires culturelles de Champagne-Ardenne.

 

Cette opération a été menée avec le concours du mécénat de la Société des Amis de la cathédrale de Reims.

La Reine de Saba fait partie, avec la statue de l'Homme à tête d'Ulysse, qui a également fait l'objet du même traitement, et de Saint-Rigobert, qui sera restaurée in situ, d'un ensemble de sculptures décorant l'éperon nord de cette façade, considérée comme un exemple majeur de la sculpture monumentale du XIIIe siècle.

 

Images numériques réalisées sur le moulage de la Reine de Saba, conservé à la Cité de l'Architecture et du Patrimoine (Paris)

La copie de la Reine de Saba a été réalisée grâce à un nouveau concept d'assistance au geste, une évolution technique importante dans le domaine de la restauration des monuments historiques.
Elle permet en effet le relevé numérique de l'original, sans qu'il soit nécessaire de toucher à la sculpture.

Outre un gain de temps, l'archivage des données s'en trouve facilité.

 

La Société des Amis de la cathédrale de Reims a souhaité participer à la restauration de la Reine de Saba dans le cadre de ses actions de mécénat. L'opération, d'un montant de 360 400 €, a été prise en charge à hauteur de 200 210 € par l'association et de 160 190 € par la direction régionale des affaires culturelles de Champagne-Ardenne.

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Cliché Rothier, vers 1900

(BM de Reims, 12-294)

De la fin du XIXe siècle à 1914 : une dégradation rapide

 

La fonction d'accueil de la statue la situe dans une position très exposée aux intempéries.
Placée "en proue", entre le portail central et le portail nord (gauche), elle ne peut profiter de l'abri des ébrasements comme la plupart des autres statues des portails.

Les clichés anciens (les premiers datant de 1851) permettent de se faire une idée du rythme de sa dégradation.

Bien que sa main gauche fut déjà absente (tenait-elle un présent pour Salomon ? un livre ?), et sa couronne déjà lacunaire (elle dut être brisée au cours de la Révolution), la Reine de Saba était encore en bon état au milieu du XIXe siècle. A peine décelait-on quelques signes d'érosion sur ses drapés frontaux.

 

Si la statue commence à perdre progressivement son nez à partir de 1882, son traumatisme le plus important a lieu au début du premier conflit mondial. Du fait des bombardements, l'échafaudage qui couvre la tour nord, alors en restauration, prend feu le 19 septembre 1914, en même temps que la charpente. Bien que se trouvant en limite d'échafaudage, la Reine de Saba est presque complètement détruite.

Son voisin de gauche, l'Homme à tête d'Ulysse, est quant à lui relativement peu affecté.

Le recollage opéré dans les années 1920, avec des fragments retrouvés à ses pieds dans les décombres, lui permet de retrouver un semblant de présence.

La copie de la Reine de Saba (2006-2007)

 

 

Quatre-vingts années après, cette restauration commençait à montrer de sérieux signes de faiblesse.


Un constat d'état, réalisé en 1998, avait permis de déceler de nombreux problèmes sur la statue :

- une vingtaine de fragments recollés et retenus par 22 goujons et une agrafe,

- de nombreuses fissures (au visage, aux jambes et aux pieds), dont notamment une fissure arrière générale, colmatée aux plomb, plâtre, mortier et ciment,

- plusieurs cassures récentes, des zones desquamées actives, nombre de ragréages dont certains se soulevaient.

 

 

Détail du visage terminé

© DRAC/Pascal Stritt

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Consolider ou remplacer ? Deux solutions étaient possibles :


- tenter de consolider à nouveau l'existant, mais l'état de fragilité général de la sculpture ne permettait pas d'assurer une tenue satisfaisante dans le temps,

 

- ou déposer l'original pour le remplacer par une copie.


C'est cette dernière solution, plus sûre, qui a été retenue.

 

L'original a donc été déposé, consolidé, puis placé provisoirement à l'intérieur de la cathédrale de Reims (septembre 2007), avant son dépôt définitif au Palais du Tau (printemps 2009).

 

 

 

 

 

L'original de la Reine de Saba est déposé de la façade centrale

 

Société des amis de la cathédrale de Reims :
Une opération de mécénat exemplaire

Par quoi remplacer l'original déposé?

A nouveau deux options étaient possibles :

 

- le remplacer par une copie de l'état actuel, par moulage en "pierre reconstituée", et perpétuer le souvenir du martyr de la statue et de la cathédrale pendant la Première Guerre mondiale, ceci au détriment de l'aspect de cette partie et de la compréhension d'ensemble

 

- restituer l'état antérieur à 1914.

L'existence d'un moulage de qualité de la statue et de sa console réalisé en 1881 et conservé à la Cité de l'Architecture et du Patrimoine à Paris, finit de convaincre les responsables du monument et les membres du comité scientifique consultatif réunis pour l'occasion, d'opter pour cette dernière solution.

Une opération de mécénat exemplaire, menée avec les Amis de la cathédrale de Reims, a enfin permis d'entreprendre le remplacement de cette statue emblématique.

 

Etat avant dépose. La statue, en plus de l'érosion,

porte les stigmates de l'incendie de la cathédrale

et du portail nord de septembre 1914 © Pascal Stritt

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Leandro Berra mesurant un point en cours de sculpture

avec le bras de mise au point numérique © Pascal Stritt

Numérisation en 3 dimensions


Le prêt du moulage ancien ou son surmoulage étant exclu pour des raisons de conservation, il a été nécessaire de recourir à la numérisation en 3-D.

 

Avec cette nouvelle technique, le sculpteur peut visualiser les formes en trois dimensions sur un écran.

Un palpeur, placé au bout d'un bras articulé, lui permet de connaître pour chaque zone l'état d'avancement de son travail, la machine lui indiquant la distance à laquelle il se trouve de la surface originale numérisée (1 centimètre, 1 millimètre, un dixième de millimètre..).