La restauration en France
une lente prise de conscience

 

Début du XIXe siècle :

naissance de la notion de "Monument historique"

 

En France, la notion de "Monument historique" est intimement liée aux événements de la période révolutionnaire.
Une fois devenu bien national, une part notable du bâti ancien et notamment religieux disparaît en effet sous le coup d'un vandalisme encore peu conscient.

Il faut attendre une génération et la diffusion du mouvement romantique (Le Génie du christianisme, de Chateaubriand, en 1802 ; Notre-Dame de Paris, de Victor Hugo, en 1832) pour que les institutions commencent à intégrer cette nouvelle préoccupation.

 

Même si, dès 1819, le budget de l'Etat comporte une ligne dédiée aux monuments historiques, ce n'est qu'en 1830 que le ministre de l'Intérieur François Guizot crée un poste d'inspecteur des monuments historiques.

Cité de l'architecture et du patrimoine : la galerie Davioud

A gauche, les moulages de la cathédrale de Reims réalisés en 1881

© DRAC Champagne-Ardenne, 2007

 

Cette décision a été préparée par plusieurs initiatives :

- en 1818 débute la publication des Voyages romantiques et pittoresques dans l'ancienne France du baron Taylor, Nodier et Cailleux, dont les 20 volumes, achevés en 1878, jouent un rôle important dans la prise de conscience, par les élites, de l'intérêt du patrimoine monumental national.

 

- dès 1825, Victor Hugo écrit le pamphlet Guerre aux démolisseurs pour "arrêter le marteau qui mutile la face du pays" en détruisant les édifices historiques.
Il y plaide la cause de l'architecture du Moyen Âge, dénonçant violemment le vandalisme des " ignobles spéculateurs" qui, avec l'assentiment des municipalités, agrandissent leur "carré aux choux" en jetant à bas nos monuments nationaux. Il conclut en exigeant le vote d'une loi pour la protection du patrimoine architectural.

1840 : La première liste de Monuments d'intérêt national

 

Ludovic Vitet est le premier inspecteur. Il cède sa place, dès 1834, à Prosper Mérimée. La commission des Monuments historiques, constituée de bénévoles, est créée en 1837. Elle secondera efficacement l'action de Mérimée.

 

En 1832, Victor Hugo édite un nouveau pamphlet qui résume assez bien l'esprit dans lequel ces institutions sont créées : "Il y a deux choses dans un édifice : son usage et sa beauté. Son usage appartient au propriétaire, sa beauté à tout le monde. C'est donc dépasser son droit que le détruire."

 

Dès 1840 est publiée une première liste officielle de Monuments d'intérêt national. Elle comporte 1 034 édifices, essentiellement médiévaux, et tous propriété publique. La cathédrale de Reims sera classée dans la liste de 1862.


Ce n'est que bien plus tard, en 1893, qu'est créée la fonction d'architecte en chef des monuments historiques.


En 1913, une loi précise le cadre et les critères de la protection.

Après la Première Guerre mondiale, les protections commencent à concerner le patrimoine privé, les édifices et objets d'art de l'époque moderne, puis de l'époque contemporaine.

La basilique Notre-Dame de l'Epine (Marne),
inscrite sur la première liste des Monuments d'intérêt national de 1840

© Région Champagne-Ardenne, Jacques Philippot

 

 

Restauration et respect de l'existant

 

Dans les premiers temps, la doctrine, qui prévaut toujours, est celle du respect de l'existant.
Cependant, cette volonté manifeste se heurte souvent aux limites de la connaissance des sujets à restaurer, l'histoire de l'art émergeant à peine au XIXe siècle en tant que discipline scientifique.

Il est vrai que le chemin à parcourir est énorme.
En 1818, l'antiquaire normand Gerville, celui-là même qui introduit dans la langue française l'expression "d'art roman", reconnaît : "J'ignore presque tous les termes d'architecture du Moyen Âge, et surtout en français, bien que j'en entende quelques-uns en anglais." Le peu que l'on sait alors provient en effet essentiellement des publications anglaises.

 

La doctrine de la restauration est formalisée en 1931, par la Charte d'Athènes, qui préconise une attitude "critique éclairée" pour toute intervention, et incite chaque Etat à assumer les problèmes relatifs à la conservation des sites historiques dans le cadre d'une législation nationale.

 

 

1964 : La Charte de Venise

 

Les expériences menées suite à ce premier mouvement international aboutissent à la rédaction, en 1964, de la Charte de Venise, dont voici le préambule : "Chargées d'un message spirituel du passé, les œuvres monumentales des peuples demeurent dans la vie présente le témoignage vivant de leurs traditions séculaires. L'humanité, qui prend chaque jour conscience de l'unité des valeurs humaines, les considère comme un patrimoine commun, et, vis-à-vis des générations futures, se reconnaît solidairement responsable de leur sauvegarde. Elle se doit de les leur transmettre dans toute la richesse de leur authenticité."

 

Les pratiques actuelles sont toujours largement fondées sur la Charte de Venise.

De manière générale, sont mis en avant :

- la nécessité d'un entretien continu,

- l'importance de la prise en compte du cadre (urbanistique, naturel...),

- l'indissociabilité du monument et de son histoire et du monument et de son décor.

Les cinq articles consacrés à la restauration permettent de mieux comprendre l'esprit que doit respecter toute intervention sur un monument historique :

Art.9 : la restauration doit conserver un caractère exceptionnel... elle se fonde sur le respect de la substance ancienne... et s'arrête là ou commence l'hypothèse...

 

Art.10 : lorsque les techniques traditionnelles se révèlent inadéquates, la consolidation peut être assurée en faisant appel à toutes les techniques modernes de conservation et de construction dont l'efficacité aura été démontrée...

 

Art.11 : les apports valables de toutes les époques à l'édification d'un monument doivent être respectés...

 

Art.12 : les éléments destinés à remplacer les parties manquantes doivent s'intégrer harmonieusement à l'ensemble, tout en se distinguant des parties originales, afin que la restauration ne falsifie pas le document d'art et d'histoire.

 

Art.13 : les adjonctions ne peuvent être tolérées que pour autant qu'elles respectent toutes les parties intéressantes de l'édifice, son cadre traditionnel, l'équilibre de sa composition et ses relations avec le milieu environnant.

Par ailleurs (Art.16), il y est demandé que les travaux soient "toujours accompagnés de la constitution d'une documentation précise... déposée dans les archives d'un organisme public..."