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La Reine de Saba appartient au plus précoce des derniers groupes stylistiques représentés aux portails ouest et englobés sous l'appellation générique de "style rémois".

Les différents auteurs s'accordent au moins sur un point : l'influence du style de la cathédrale d'Amiens sur la Reine de Saba et les membres de son groupe. Influence probablement transposée au travers d'expériences issues du chantier de Notre-Dame de Paris (transept).

 

L'analyse stylistique est compliquée par le fait que, pendant cette période, plusieurs mains et plusieurs styles se retrouvent parfois sur une même sculpture, les artistes devant s'associer pour réaliser une même œuvre.

De plus, la figuration de types distincts (l'ange en est un, l'évêque un autre) pourra donner l'illusion de styles dissemblables pour des sculptures provenant d'un même atelier.

Ainsi, le célèbre Ange au sourire du portail nord possède de nombreux points communs avec la Reine de Saba (position du corps, traitement des draperies, retombée du manteau, modelé du visage), lesquels semblent comme annulés par la différence d'impression d'ensemble : l'Ange au sourire est plus élancé, plus déhanché, plus vif que la Reine de Saba, plus majestueuse.
Il pourrait pourtant s'agir, dans les deux cas, de l'expression d'un même atelier, ayant eu à traiter des sujets peu comparables.

 

Les datations proposées dans la littérature scientifique varient beaucoup, de 1225-1235 jusqu'au début des années 1260, dernière datation qui, à ce jour, semble emporter l'adhésion de la majorité des historiens de l'art.

La Reine de Saba :
iconographie et stylistique

 

 

La Reine de Saba est un pivot du programme iconographique exprimé par la statuaire de la façade occidentale. Evocation du pouvoir royal biblique, elle ne se comprend qu'en fonction de sa confrontation avec le personnage du Roi Salomon, son symétrique de l'autre côté du portail central.

 

 

La légende de la reine de Saba

 

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Vers 940 avant notre ère, la reine du royaume de Saba (royaume situé entre le Yémen et l'Ethiopie) rend visite à Jérusalem au roi des Hébreux Salomon, le fils de David, pour tester sa sagesse légendaire et la véracité de sa foi.

La rencontre sera l'occasion d'échanger des cadeaux somptueux, or, épices, parfums, pierres précieuses et bois de santal que Salomon utilisera pour les marches du temple de Jérusalem.

La reine de Saba s'en retournera convaincue, convertie au judaïsme.

 

Cet épisode légendaire - et son interprétation typologique - fait de la reine de Saba l'image du monde paien qui vient au Christ.
Elle est ainsi présentée comme un "vestibule" (le mot est d'Umberto Eco), introduisant aux mystères de la foi chrétienne. Un rôle qu'elle assume parfaitement à cet emplacement, face au parvis, dans une position d'accueil du visiteur.

Détail du relevé photogrammétrique des portails

 

Par ailleurs, son type et son interprétation rémoise (figure altière et noble) en font comme un double iconographique de l'Eglise, image figurée de l'institution.
La Reine de Saba des portails rémois, dans cette lecture, peut donc aussi être interprétée comme une figuration du Nouveau Testament, lequel puise ses sources de l'Ancien Testament, symbolisé ici par un de ses personnages emblématiques, Salomon ; les deux écrits constituant les deux piliers du christianisme et ceux des portails de la façade de Reims...

 

A Reims, l'évocation de l'épisode de la reine de Saba venant consulter Salomon pour sa sagesse prend en effet une dimension supplémentaire. Saba y personnifie l'image du roi de France, venant chercher les principes du Bon gouvernement auprès de Salomon, figure métaphorique de l'Eglise.
Le sens royal de ce face à face est conforté par les gravures anciennes, qui montrent ces deux statues avec des couronnes bien plus développées qu'aujourd'hui (elles durent être brisées à la Révolution). Lecture multiple, à tiroirs, qui nous déroute un peu aujourd'hui, mais que le Moyen Âge affectionnait.

 

Le somptueux frontispice de l'église Notre Dame de Reims (1625)

 

Le style de la Reine de Saba

 

 

La Reine de Saba (cliché Layoye, vers 1898)