La restauration de 1919 à 1938
un chantier exemplaire

 

Les destructions de la Première Guerre mondiale ont été considérables pour la vénérable cathédrale de Reims.

Pas moins de vingt années vont être nécessaires à l'architecte en chef Henri Deneux (1874-1969) pour lui rendre en partie son faste d'antan.

Ce chantier est exemplaire car, si l'on excepte les travaux de Versailles, il est, durant l'entre-deux-guerres, le plus important chantier de restauration.

Il est également hautement symbolique et suscite de nombreuses attentes de la part des théoriciens de la restauration.

 

Intérieur de la cathédrale de Reims

après les bombardements de 1914-1917 :

le chœur et le maître-autel.

Carte postale ancienne. Collection particulière.

Cliquer pour agrandir

 

Des débuts laborieux

 

Pourtant, les débuts sont laborieux car Henri Deneux se trouve dans l'impossibilité de disposer d'ouvriers expérimentés pour entreprendre les premiers travaux d'urgence.
A ces problèmes de main d'œuvre s'ajoutent rapidement des problèmes d'approvisionnement. La reconstruction en France nécessite des quantités importantes de matériaux aboutissant à des pénuries et à une augmentation générale du prix des matières premières.

 

Cliquer pour agrandir

L'objectif des premiers travaux supervisés par Henri Deneux est de permettre de réaffecter le plus rapidement possible une partie de l'édifice au culte.
Durant l'année 1919, ces travaux consistent à déblayer, inventorier tous les fragments, consolider et installer les toitures provisoires. Mais avant une telle entreprise, il est nécessaire de déposer les protections de la guerre.

 

 

Toitures provisoires de la cathédrale

installées en 1919 : vue aérienne.

© Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine

Fonds Deneux, MH 061810

 

Henri Deneux profite également de ces travaux pour réaliser des fouilles archéologiques poursuivies dans diverses parties de la cathédrale jusqu'à la fin de l'année 1932, fouilles qui permettent de nettes avancées dans la compréhension de l'histoire du monument.

 

Les premiers travaux permettent de rendre au culte le croisillon nord et une partie du déambulatoire nord. C'est dans cette église provisoire que l'archevêque Louis Henri Luçon (1842-1929) célèbre la messe de Noël le 25 décembre 1919.

 

En janvier 1920, suite à une violente tempête, un pignon se détache et s'écrase à l'intérieur de la basilique Saint-Remi.
Conscient que des dommages analogues peuvent survenir sur le chantier de la cathédrale, les travaux de restauration sont ajournés. Henri Deneux se consacre aux seuls travaux de consolidation.

 

Palais du Tau : inventaire des fragments

de la cathédrale dans les années 1920.

© Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine -

Archives photographiques, MH 016981

Cliquer pour agrandir

 

 

Les donations Rockefeller

 

Le 3 mai 1924, l'annonce de la première donation Rockefeller permet d'entrevoir une accélération du chantier de restauration. Henri Deneux dispose des moyens nécessaires pour la reconstitution du comble de la nef (1924-1927), le rétablissement de la toiture et du clocher à l'ange (1935).

 

Cliquer pour agrandir

En novembre 1926, alors que tout semble prêt pour la reprise du culte dans la nef, la chute d'enduits sur le maître-autel compromet le retour des offices.

Les superstructures sont plus atteintes qu'elles n'y paraissaient et les crédits manquent. La restauration intérieure de la nef est pourtant achevée en 1927, inaugurée en grandes pompes les 11 et 26 mai. Mais cette installation est encore bien provisoire.

L'arrivée de la seconde donation Rockefeller change la donne, Henri Deneux ayant désormais d'importants moyens financiers pour créer la nouvelle toiture en béton armé.

Fouilles archéologiques de Henri Deneux

dans la cathédrale (1920-1932).

© Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine

Archives photographiques

 

Au cours de l'année 1936, Henri Deneux bénéficie d'une nouvelle manne financière. Elle est cette fois publique. Désireux de contrer la montée du chômage consécutive à la crise mondiale, le gouvernement vote une loi permettant la tenue de grands travaux contre le chômage, dit "Plan Marquet" (7 juillet 1934).



Juillet 1938 : Les grandes inaugurations

Les 8, 9 et 10 juillet 1938, des grandes cérémonies d'inauguration consacrent la restauration de la cathédrale de Reims. Le monde entier retrouve l'une de ses merveilles.

Certes, tous les stigmates de la guerre n'ont pas disparu, des travaux de restauration se poursuivent, encore jusqu'à nos jours, mais l'ère Deneux s'achève.

Habilement, patiemment, Henri Deneux a su concilier la rigueur de la conservation et les nouvelles innovations en matière de restauration monumentale.


Cliquer pour agrandir

Les stigmates de la Première Guerre mondiale :

détail du côté nord de la grande rose de la façade occidentale.

© DRAC Champagne-Ardenne