Stylistique
une grande diversité

 

 

Les styles de sculpture rencontrés sur la cathédrale de Reims respectent une logique chronologique qui ne permet pas, à elle seule, d'expliquer leur diversité.

La personnalité des artistes et la disparité de leur formation viennent s'y ajouter, autant de paramètres que l'on connaît assez mal pour ces périodes.


Vierge de la Présentation au temple (portail central, détail du visage, vers 1245-1250)
© DRAC Champagne-Ardenne

Détail de la Vierge de l'Annonciation
(portail central, vers 1245-1250)
© DRAC Champagne-Ardenne

 

Les premières réalisations

 

Les Christophores

 

La construction de la cathédrale ayant commencé par le chevet, on aurait pu s'attendre à y trouver les exemples les plus anciens de la statuaire rémoise. Il n'en est rien. En effet, les premières statues sont situées à l'ébrasement sud (droit) du portail sud de la façade occidentale.

 

 

Il s'agit de six prophètes massifs, majestueux, datant certainement du tout début des travaux, vers 1215.
Une hypothèse séduisante les présente comme une série visant à mettre au goût du jour la façade précédente (XIIe siècle), le temps que les travaux en cours atteignent l'occident, soit près d'un demi-siècle plus tard.
Ces statues sont apparentées à celles des portails nord du transept de Chartres. Les figures rémoises offrent néanmoins une esthétique corporelle supérieure, ainsi qu'un véritable sens du mouvement. Des arguments qui plaident pour leur postériorité.

 

 

Les anges des chapelles rayonnantes

 

Les premières sculptures du chevet, bien que de peu antérieures, montrent un aspect bien différent.
Il s'agit des anges sous corniche des chapelles rayonnantes et de l'ensemble des sculptures des portails de la façade du bras nord du transept.

Les premiers sont datables, assez précisément, de 1220 et les secondes des années 1220-1230.
Les styles y sont variés et les écarts qualitatifs importants, comme si la manière rémoise se cherchait encore en ce début de chantier.

Les anges montrent une élégance précieuse, parfois teintée d'une beauté classique, dont on trouvera d'autres exemples aux portails de la façade principale. Certains présentent une liberté de mouvement et une justesse retenue, très nouvelles en ce début du XIIIe siècle.


 

 

Les portails du bras nord du transept

 

Les statues-colonnes du portail central du bras nord du transept (portail des saints), apparentées aux anges des chapelles rayonnantes, manquent souvent de la liberté frémissante constatée chez ces derniers.

La réputation de ces portails est assurée par la qualité des reliefs des tympans, aux scènes vibrantes et à la composition soignée, dont la justement célèbre Résurrection des morts au portail du Jugement (portail gauche), témoignage émouvant de la perception du nu et du mouvement par les artistes du début du XIIIe siècle. Au pied de cette scène figurent les apôtres des jambages dont les antécédents sont difficiles à démêler tant les modèles sont possibles ("style 1200", influence mosane ou chartraine).


Le Beau-Dieu et les sculptures des parties hautes du transept

 

La confrontation des statues-colonnes du portail central du bras nord du transept, avec le Beau-Dieu du trumeau, marque la distance qui les sépare. Le Beau-Dieu est peut-être le premier témoin de ce que deviendra la grande statuaire rémoise à la génération suivante (entre 1230-1245).

On y trouve le respect du dessin, magnifiquement charpenté par de profonds drapés, calmes et solides, et une majesté grandiose, songeuse et déterminée des visages, solidement modelés.

Il a souvent été rapproché du Beau-Dieu d'Amiens. Or, si le type iconographique est semblable, le style et l'impression générale qui s'en dégagent sont en revanche trop éloignés pour y voir une production sortie d'un même courant artistique.

Ce style puissant est représenté notamment par la galerie des rois, par les statues d'Adam et Eve et par celles de l'Eglise et de la Synagogue (sud), à l'étage de la rose du transept.

 

 


La façade et les parties ouest

 

Les grands anges des contreforts

 

Annonçant la campagne de la façade ouest, les grands anges des contreforts de la nef montrent l'évolution des années précédant le milieu du XIIIe siècle. Encore relativement plats et statiques près du transept (vers 1220-1230 ?), ils gagnent en expressivité et en souplesse au fur et à mesure que l'on progresse vers l'ouest (vers 1240-1250 ?).

 

 

L'atelier antiquisant

 

Les premières réalisations des portails occidentaux, comme celles des portails nord du transept, hésitent entre plusieurs styles assez diamétralement opposés.

Un des ateliers les plus célèbres de Reims est l'atelier dit "antiquisant" à cause de son style nettement influencé, semble-t-il, par les modèles romains, voire grecs. Il a, par exemple, produit l'extraordinaire couple de la Visitation du portail central (ébrasement droit) : petits plis "mouillés" serrés, corps solides sensibles, palpables, sous le drapé, hanchement prononcé, visages à la grandeur "antique", calmes, tranquilles, intemporels ... et donc difficilement datables : vers 1240-1245 ?

 

 

 

 

L'atelier amiénois

 

On trouve également, sur la façade, des œuvres d'un atelier qui se situe dans la continuité des expériences amiénoises. Ainsi, sur les deux personnages centraux de la scène de la Présentation au temple de l'ébrasement gauche du portail central, on remarque les mêmes drapés profonds qu'au transept.
Les expressions y sont altières, un peu distantes, avec une préférence pour des visages féminins simples et un peu lisses.

 

 

Les ateliers rémois

 

Les essais nombreux et multiformes des décennies passées, ajoutés à l'assimilation des évolutions récentes, notamment parisiennes, vont aboutir à la formation d'un style plus local et lui aussi divers.

Une des variantes les plus connues de l'atelier rémois est représentée par l'Ange au sourire du portail nord (gauche) et son alter ego du portail central. D'une grande précocité (vers 1260), ils annoncent ce que sera la sculpture élégante de la fin du siècle : élancement du corps déhanché, petite tête ronde à la chevelure bouclée, et un sourire affirmé, impensable encore pour les sculpteurs de la génération précédente.

Le Saint-Joseph de la Présentation au temple (portail central) est une autre réussite de ce dernier style des portails rémois. Le mouvement complexe et l'expression débridée en font, par la virtuosité et l'effet d'ensemble, un des sommets de l'art sculptural du XIIIe siècle.

 

 

Le haut des portails, étage de la rose

 

Dans la zone supérieure des portails (voussures, revers de la façade, étage de la rose), les citations extérieures se font plus rares. Les sculpteurs rémois ont assagi le modèle parisien et adouci la manière amiénoise. Ils s'en tiendront désormais à ce style calme, aux attitudes un peu posées et aux expressions détachées.

Il est une spécificité rémoise qu'il convient ici de signaler : la constance des influences antiques.
Présentes, on l'a vu, au chevet dès 1220, exprimées magistralement aux portail de la façade vers 1240, elles se retrouvent dans certaines figures des voussures du portail sud de façade (vers 1260-1270), puis à nouveau pour certains grands anges ouest des contreforts de la nef (vers 1280).

 


Les rois du début du XIVe siècle

 

L'aventure de la grande statuaire rémoise, commencée vers 1215, s'arrête au début du XIVe siècle avec les rois de la galerie haute de la façade (parties centrales et sud). Elle aura durée presque un siècle.



La sculpture médiévale des parties hautes de la façade est aujourd'hui très abîmée. Certains rois, mieux protégés des intempéries ou déposés au palais du Tau, laissent percevoir ce que fut cette série monumentale.

Réalisés pour être appréciés depuis le sol, qu'ils dominent de plus de 45 mètres, les formes des statues privilégient les drapés simplement construits et dessinés, pour reporter l'attention sur des têtes imposantes, traitées en forts contrastes.